Echos des régions

  • Shi Wensong sait comment profiter des réseaux dont Zhengzhou fait partie.

24.08.2016 Auteur : Andreas Haug


Artikel Nummer: 15664

Une vitrine en Chine centrale

«Buy the World, sell the World», c’est ainsi que Xi Jinping, le président chinois, a décrit la mission de ses hôtes lorsqu’il a visité un centre logistique pour l’e-commerce à Zhengzhou. Andreas Haug, rédacteur de l’ITJ, vient de découvrir comment divers modes de transport sont combinés à la position géographique favorable d’une des grandes zones de développement économique de la Chine.


Zhengzhou, situé à mi-chemin entre Beijing, la capitale du pays le plus peuplé du monde, et Shanghaï, le plus grand port à conteneurs du monde, est un des berceaux de la civilisation chinoise. Le visiteur cherchera pourtant en vain des témoignages architecturaux de l’histoire de 3000 ans de cette métropole comptant presque 10 M. d’habitants. C’est que l’intérêt des responsables actuels de la ville porte clairement sur l’avenir, avec la bénédiction du gouvernement central. L’objectif prioritaire de ce dernier étant d’élargir le développement économique et sociétal rapide de l’empire du Milieu, limité aux zones côtières, et d’en faire profiter également les régions situées dans l’arrière-pays. Peu de villes disposent d’aussi bonnes conditions pour y parvenir que la capitale de la province de Henan, la troisième plus peuplée du pays avec 90 M. d’habitants.

 

Du secteur primaire au high-tech

Il y a quelques années la région de Zhengzhou, qui se trouve dans le bassin très fertile du fleuve Jaune, était encore fortement marquée par le secteur agricole et au cœur d’une grande région d’exploitation de mines de charbon. Depuis la naissance de la Rép. populaire de Chine, en 1949, le développement de la ville en un centre industriel s’est appuyé tout d’abord sur la culture du coton, mais c’est seulement la création de zones de développement économique et technologique à partir des années 1990 qui a entraîné l’implantation de sociétés spécialisées de renommée mondiale. C’est ainsi qu’en 2015 104 M. de smartphones Apple ont été produits dans la Zhengzhou Airport International Economic Zone (ZAEC). Cela correspond à un septième de la production mondiale de ces appareils, généralement acheminés par voie aérienne.

 

Les sociétés de la ZAEC, autorisée en 2010 et ouverte en novembre 2011, bénéficient de la proximité directe d’un des aéroports du monde enregistrant la croissance la plus rapide. Henan Airport Group, qui gère cette plate-forme, fournit des chiffres impressionnants: depuis 86 000 t de fret aérien acheminées en 2010 le volume de fret aérien du huitième aéroport fret chinois est passé à 403 000 t en 2015. Il devrait franchir la barre du demi-million en 2016, dont 60% générés en trafic international. Compte tenu du développement prévu, l’aéroport (code Iata: CGO) va porter progressivement le nombre de pistes de deux actuellement à cinq.

 

Tout d’abord le secteur aérien...

Une grande partie de la récente croissance est due à la Henan Civil Aviation Development & Investment Company (HNCA). Sa participation de 35% dans Cargolux, depuis janvier 2014, a été la base d’une forte présence du Grand-Duché du Luxembourg à Zhengzhou, qui est devenu le second hub de la ligne fret. C’est là qu’est créée actuellement la société conjointe Cargolux China. Elle desservira à partir de fin 2017 surtout des lignes transpacifiques avec tout d’abord trois, puis trois ans plus tard avec cinq B747F. «Nous réglons actuellement encore quelques formalités avec les autorités chinoise de l’aviation civile», révèle Wieger Ketellapper. Le Néerlandais est depuis 2015 vice president China Joint Venture Development de Cargolux à Zhengzhou.

 

D’autres compagnies aériennes internationales tirent profit des conditions infrastructurelles sur l’aéroport comptant actuellement cinq terminaux fret répartis dans deux zones. En juin, la russe Air Bridge Cargo Airlines a été le plus récent nouveau-venu avec des avions-cargos alors que l’australienne Qantas assure depuis juin un vol de ligne vers Sydney.

 

...puis les voies terrestres et entrepôts

Cargolux crée depuis Zhengzhou un réseau RFS desservant 20 villes chinoises. Guangzhou, située dans le delta de la rivière des Perles et qualifiée d’«usine mondiale», est par exemple rejointe en camions en moins de 24 heures. Les ports du sud et de l’est de la Chine sont en outre bien reliés par rail à Zhengzhou. Ils ne sont pas les seuls: depuis trois ans, le point nodal en matière de transport est le plus grand centre de transbordement de fret des axes ferroviaires sibériens et centre-asiatiques entre l’Extrême-Orient et Rotterdam. Shi Wensong, vice president de la Zhengzhou International Hub Development and Construction Company, souligne que les échanges se font désormais dans les deux sens et ne sont plus un trafic à sens unique. «Après trois trains-blocs par semaine vers l’ouest, un troisième train opère depuis août avec plus de 80 conteneurs de l’Europe vers l’est.» W. Ketellapper ne craint pas une concurrence pour ses propres activités bien que le rail soit deux fois plus rapide que la voie maritime et à moitié moins cher que le trafic aérien. «Pour le réacheminement de fret aérien, ce mode de transport peut toutefois devenir intéressant pour nous», ajoute-t-il en faveur de l’intermodalité. Dans d’autres secteurs, les Luxembourgeois ont conclu des partenariats visibles. Ils garantissent ainsi que la nouvelle plate-forme «Luxfresh» livre des produits d’épicerie fine européens directement à Henan, à des prix abordables pour les classes moyennes croissantes. Les efforts portant sur le développement des achats dématérialisés sont surtout l’œuvre du Henan Bonded Logistics Center (BLC), qui a mis en service en août le plus grand entrepôt (50 000 m2) entièrement automatique pour l’e-commerce chinois. Le véadite Jumei réussit à y traiter 1,5 M. de commandes par jour alors que le record d’Amazon est de 800 000 par jour.

 

Jumei n’est pas cité par hasard car la directrice de la BLC, Xi Ping, annonce que ce modèle d’affaires devra prendre pied dans le monde entier et concurrencer les autres prestataires: tout d’abord en Europe, puis en Amérique du Nord et en Amérique du Sud ainsi qu’en Russie. Le plus grand défi sont les formalités douanières, mais non pas les liaisons aériennes, ajoute Xi Ping en faisant allusion au partenaire Cargolux.