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  • L’intelligence artificielle pourrait jouer un rôle important dans l’e-commerce.

15.07.2014 Auteur : Björn Helmke


Artikel Nummer: 6844

Achats en ligne par des avatars

Le commerce en ligne est un des rares secteurs à générer une croissance à deux chiffres, même en Europe. Où nous mènera le voyage de l’e-commerce et de la logistique qui en découle? Une étude de Deutsche Post DHL s’est penchée sur la question. Nos achats seront-ils livrés par des drones dans le futur? Une plongée dans l’univers numérique de demain sous la forme de quatre scénarios fournit des pistes de réflexion.


Jürgen Gerdes reste prudent. «Nous n’avons naturellement pas de boule de cristal», soulignait le membre du directoire en charge de l’e-commerce et des colis chez Deutsche Post DHL, lors de la présentation de l’étude «Global E-Tailing 2025» à Berlin. Même si plus d’un scénario paraît improbable de prime abord, l’étude ambitionne d’ouvrir les esprits sur d’éventuels développements. Mais une chose est sûre pour J. Gerdes: l’e-commerce ne se développera pas seulement de manière exponentielle dans les pays industriels, mais aura aussi une influence considérable dans les pays émergents et en développement. La logistique y jouera un rôle clé d’accompagnateur.

 

Encore beaucoup de potentiel

L’époque actuelle est déjà très passionnante. Rien qu’en Allemagne, le chiffre d’affaires réalisé par l’e-commerce se chiffre à 39,1 milliards d’EUR en 2013, selon la Fédération allemande pour les marchés de l’e-commerce et des colis Bevh. Cela correspond à une croissance de 41,7% par rapport à 2012. Autrement dit, l’e-commerce détient déjà une proportion de 9% de l’ensemble du marché du commerce de détail. Les autres nations industrielles présentent un tableau similaire. Selon Deutsche Post, ce boom n’en serait pourtant qu’à ses débuts. Même dans son scénario le plus conservateur l’étude pronostique une part de l’e-commerce de 20% dans différents pays émergents et de 25% dans les pays industriels pour 2025. Tout en tenant également compte des «formes commerciales de nature hybride», soit des concepts multicanaux dont une partie de la transaction est réalisée via Internet. L’étude DHL attribue une part de 15% au commerce en ligne «pur» dans le pire des cas. Comme c’est souvent le cas lorsqu’on envisage divers scénarios, les pronostics de croissance et les chiffres d’affaires ne constituent pas immanquablement un facteur décisif de l’étude d’e-tailing globale. Les scénarios relatent principalement des tendances qualitatives basées sur des développements d’ordre politique, sociétal, technologique et économique.


L’Asie comme moteur

Le scénario n° 1 affublé du titre quelque peu recherché de «Consommation hybride dans l’univers numérique» par les auteurs de l’étude part sur la base d’une croissance modérée mais stable. Ce sont surtout les économies asiatiques qui en constituent les locomotives. Le modèle de société basé sur la performance s’y impose. Les inégalités sociales augmentent, notamment dans les économies développées. La convivialité joue un rôle capital pour les «vainqueurs» de la société de performance, et pour la majorité des individus, le prix représente un critère dominant. Ce scénario exclut une révolution technologique; tablettes et smartphones continuent d’être les compagnons constants des consommateurs. Les entreprises commerciales proposent leurs marchandises en ligne et dans des boutiques qui revêtiront toutefois de plus en plus un aspect de showroom.

 

La livraison ultrarapide, souvent le jour même, constitue aussi une prestation standard de la boutique. Le besoin en prestations logistiques est donc proportionnellement élevé et les prestataires doivent se mettre en réseau avec les commerces et leurs clients sur le plan informatico-technique. L’influence du destinataire des marchandises sur la chaîne logistique augmente. La proportion de l’e-commerce pur se situe à 20% dans les pays industrialisés incluant la Chine, auxquels s’ajoutent 20% de transactions issues de formes commerciales hybrides.

 

L’épanouissement en ligne de mire

Le scénario n° 2, «Mise en scène propre dans des communautés virtuelles», déborde d’optimisme. L’humanité se porte bien. Une classe moyenne au pouvoir d’achat élevé s’est développée. Contrairement au scénario n° 1, les consommateurs s’orientent plus vers les loisirs que le travail. L’épanouissement personnel est plus important que le succès professionnel. Les «Lifestyle communities» définissent les tendances et ont une influence notable sur le comportement d’achat de larges couches de la population. De petites plates-formes en ligne se spécialisent dans les besoins des membres des diverses communautés. Les grandes sociétés commerciales servent le marché de masse. Les produits dits «wearables» constituent une part élémentaire du quotidien et servent entre autres à mesurer et optimiser le comportement propre dans le domaine de l’alimentation ou du fitness par ex. L’appareil pourrait ainsi déconseiller un plat donné et recommander des alternatives plus saines. Les wearables servent aussi à la communication et aux commandes. Comme pour le scénario n° 1, l’e-commerce est en plein essor et les transports augmentent car l’individualisation de la demande génère un gros flux de livraison de petits colis. Ce qui comporte aussi des inconvénients. Vu les problèmes de trafic massifs, des villes commencent à réguler les livraisons. Les logisticiens doivent coopérer et expérimenter avec des formes de livraisons innovantes. Dans ce même scénario, DHL a implanté ses drones de livraison appelés «Paketkopter». Certains logisticiens gèrent des imprimeries en 3D et mettent ainsi le pied dans la production. La part de l’e-commerce pur se situe à 30% dans les pays industrialisés, auxquels s’ajoutent 25 à 30% de transactions issues de formes commerciales hybrides.

 

Le meilleur des mondes

Le scénario n° 3, «L’intelligence artificielle dans la sphère du commerce au détail électronique», va le plus loin d’un point de vue technologique. Lunettes de données ou encore lentilles de contact intelligentes et autres wearables constituent un bien commun. Des avatars intelligents conseillent les individus lors de l’achat ou vont même jusqu’à gérer de manière autonome les besoins quotidiens de leurs propriétaires. Les données des consommateurs sont librement accessibles; des webshops adaptent leur offre aux profils des clients en temps réel. Le «same day delivery» devient la norme (au moyen de drones). Dans les métropoles on pourra même bénéficier de «same hour delivery». Les livraisons automatiques avant même que le client n’ait passé la commande sont à la pointe de la technologie. Grâce à des capteurs intelligents, les marchandises peuvent même être livrées dans le coffre de voitures en stationnement. Le piratage et la cybercriminalité sont des problèmes majeurs, les logisticiens proposent des chaînes de livraison sécurisées pour y remédier. Le commerce international, qui a largement augmenté, est dominé par les grandes chaînes logistiques. Il arrive que le commerce de détail concurrence les logisticiens établis à travers ses propres services de logistique. La proportion d’e-commerce pur se situe à 40% auxquels s’ajoutent 40 à 45% de transactions issues de formes commerciales hybrides.

 

Localisation au lieu de mondialisation

Le scénario n° 4, «Consommation collaborative dans un paysage régionalisé du commerce de détail», est le scénario de crise. L’économie mondiale stagne. Le protectionnisme et la flambée des prix énergétiques et des matières premières conduisent à une régionalisation de l’économie. La durabilité et l’efficacité énergétiques influenceront les achats. Des modèles de leasing et de sharing éclosent. La propriété privée perd de son importance. Ce qui compte, c’est la disponibilité. Les appareils défectueux et biens de consommation sont à nouveau réparés. Ils sont construits de façon modulaire de manière à simplifier le remplacement des pièces. Les entreprises souffrent d’un recul des transports, mais profitent de la logistique des pièces de rechange et de l’échange régional de marchandises. L’e-commerce international constitue une exception. La part de l’e-commerce pur stagne à 15% dans les pays industrialisés, auxquels s’ajoutent 15% de transactions issues de formes commerciales hybrides.

 

En conclusion, tout sera sans doute très différent. L’étude ne prétend toutefois pas fournir de prévisions précises, mais s’attache plutôt à engager le débat sur les processus logistiques et commerciaux modernes. Une réussite, grâce à des scénarios polarisants.      

 

 

 

 

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