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  • Le réseau P3 opérera avec 255 navires.

16.07.2013 Auteur : Antje Veregge


Artikel Nummer: 2513

P3 chamboule le marché

Un renversement de tendance s’annonce dans le transport maritime de boîtes. Les trois plus grands de la branche, Maersk Line, MSC et CMA CGM, projettent de coordonner leurs activités à partir de 2014. Une alliance doit permettre d’améliorer les résultats.


Les trois plus grands armements du trafic maritime de conteneurs, Maersk Line (Danemark), MSC (Suisse) et CMA CGM (France), ont secoué la branche à la mi-juillet (cf. ITJ Daily breaking news du 19.07.2013) en annonçant leur projet de créer une alliance à long terme. Leur P3 Network offrira 29 services avec 255 navires et aura une capacité totale de 2,6 M. de TEU dans les trafics transatlantiques, transpacifiques et Asie–Europe. Maersk mettra à disposition 42% de la capacité, MSC 34% et CMA CGM 24%. Les trois armements attendent de cette mesure d’énormes baisses de coûts, grâce à des économies d’échelle, et une plus grande stabilité des taux de fret. Le nouveau réseau P3 mettra en outre un terme aux accords existants en matière d’échanges de navires ou de slots.

Il est prévu de lancer cette alliance au deuxième trimestre 2014. D’ici là, l’alliance a encore besoin du feu vert des autorités européennes, US et chinoises compétentes en matière de concurrence. Au sein de l’UE, c’est l’ordonnance 83/200 qui va s’appliquer. Elle stipule notamment que pour bénéficier de l’exemption des règles de la concurrence un consortium doit détenir, sur chacun des marchés sur lesquels il opère, une part de marché (calculée en volume des marchandises transportées) inférieure à 30%. Selon l’état actuel, P3 va disposer de plus de 40% de la capacité totale nominale, mais sur la plupart des routes une quinzaine d’armements de lignes indépendants se concurrencent.

Afin de prendre les devants en ce qui concerne d’éventuelles objections des autorités chargées de la concurrence, les trois lignes ont décidé de créer une société indépendante, basée à Londres et à Singapour, qui s’occupera uniquement du déroulement des affaires, mais n’aura rien à voir avec les questions commerciales. Dans ce domaine, Maersk, MSC et CMA CGM ont bien l’intention de continuer d’agir de façon complètement autonome, et ce également à l’avenir.

 

               

www.maerskline.com

 

www.mscgva.ch

 

www.cma-cgm.com

 

 

 

COMMENTAIRE

Un mal nécessaire

«Le fort est plus puissant quand il est seul», apprend-on dans Guillaume Tell de Friedrich Schiller. En fait, le fort pourrait aussi être plus puissant en formant une alliance avec des partenaires puissants. C’est le cas du réseau P3 que projettent de créer les trois géants de la branche Maersk Line, MSC et CMA CGM. Un unissant leurs forces, les trois armements exploiteront 40% du tonnage total existant sur le marché. L’alliance en question regroupera des prestations de services, accroîtra l’efficacité opérationnelle et stabilisera le niveau des taux actuellement très volatil. Les autres prestataires pourraient donc eux aussi en profiter, ce qui donnerait en bout de course un bilan positif pour toutes les lignes. Il est vrai qu’une stabilisation du marché de la navigation de ligne est nécessaire d’urgence. Voilà pour l’interprétation optimiste du projet. Ce dernier laisse toutefois aussi un arrière-goût moins agréable. Si les trois premiers de la branche font équipe, il y aura en effet à l’avenir encore moins de signes distinctifs en matière de services offerts. Ce sont là des nouvelles peu réjouissantes pour les chargeurs. P3 disposera en outre d’une position très forte côté négociations, ce qui change aussi la donne pour les exploitants de terminaux. La nouvelle alliance, créée par trois entreprises qui attachaient jusqu’ici beaucoup d’importance à leur indépendance et dont les relations étaient loin d’être très amicales, montre en tout cas que la situation de la branche est encore bien plus grave qu’on ne le pensait.

 

Antje Veregge, rédactrice ITJ

 

 

 

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